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dimanche 21 février 2016

Santé au travail


La "santé "ne passe pas seulement par la bonne santé physique. C'est un ensemble qui comporte aussi la santé psychique et notamment l'estime de soi. Le lieu de travail où l'on passe une grande partie de notre vie est un endroit où notre santé et notre bien-être peuvent être malmenés. Description du processus destructeur du management du personnel dans le monde des "entretiens d'évaluation individuel"



"Un des changements essentiels ayant eu lieu dans le management taylorien et bureaucratique a été l'introduction d'un traitement différencié des salariés d'une même catégorie en fonction de leurs résultats et de leurs engagements. Sous l'apparence d'une gestion équitable des écarts individuels de productivité, l'individualisation du travail s'est montrée une forme de domination particulièrement perverse, destinée à obtenir une soumission "librement consentie", ou ce que La Boétie désigna comme "servitude volontaire" ; autrement dit, se soumettre avec l'illusion de ne pas y être obligé et d'avoir le choix de réaliser les objectifs.
La gestion individualisée des "ressources humaines" couvre l'ensemble du processus des recrutements, des primes, des promotions, des mobilités jusqu'aux licenciements. L'entretien individuel d'évaluation est la pièce maîtresse du dispositif d'individualisation. Des millions d'employés et de cadres rencontrent une, deux ou trois fois par an leur "n + 1", pour dresser un bilan sur les objectifs qu'ils ont ou non atteints et pour fixer les prochains à venir. Chacun sait que le bilan détermine la hauteur des primes au mérite versées, pudiquement nommées "part variable", les éventuelles promotions, mais aussi la liste des personnes à licencier.
Mais qu'est-ce qui est réellement évalué ? L'activité de travail réside dans la mise en oeuvre concrète de savoirs et savoir-faire professionnels, d'expériences et de créativités personnelles, de capacités de coopération. Nous en faisons tous le constat répété : par rapport à ce qui lui est demandé, le salarié doit réagir en permanence aux événements imprévus qui perturbent le déroulement réputé normal des tâches prescrites. Sa réaction, quand elle est inventive et singulière, peut résoudre de multiples problèmes, grands et petits. L'inventivité personnelle (les "tours de main", l'expérience, les "ficelles du métier", le "système D") correspond à notre désir d'être utile ou au plaisir du travail bien fait (que les Compagnons appelaient avec fierté "la belle ouvrage") que la sociologie du travail désigne comme étant le travail réel par rapport au travail prescrit.  
(...) La capacité d'initiative et la contribution singulière  au travail collectif  appellent la reconnaissance des pairs et de la hiérarchie. Mais ce travail singulier et créatif de chacun ne se mesure pas et ne peut pas se mesurer. Les critères d'évaluation ne se réfèrent pas qu'aux objectifs fixés et aux tâches prescrites, lesquels sont quantifiés, c'est-à-dire traduits en chiffres et en "ratios", pour donner lieu à notation lors de l'entretien. Tel salarié qui n'a pas fourni la meilleure qualité de travail peut très bien avoir atteint le rendement exigé si son environnement a été favorable, par rapport à un autre qui travaille mieux dans des conditions plus difficiles. On comprend dès lors que les sentiments d'injustice puissent se multiplier et être à l'origine de souffrances. Les médecins du travail témoignent souvent que des personnes demandent à les consulter en sortant d'entretien d'évaluation à la suite de montées d'angoisse.
En fait l'évaluation individuelle devient essentiellement un dispositif de pouvoir managérial pour contraindre les salariés à la performance maximale, et aussi les empêcher de contester leur autorité et les pressions de l'organisation du travail. L'évaluation de la performance, la recherche des primes et des promotions produisent une concurrence de fait entre les salariés d'un même atelier ou service. Et il n'est pas rare que les travailleurs les plus anciens se plaignent de la perte des solidarités, de l'entraide et du respect mutuel qui régnaient dans les équipes, au profit d'une lutte des uns contre les autres pour obtenir les meilleures primes et les meilleures places, ou au pire pour ne pas être virés. En lieu et place de contester l'arbitraire patronal, c'est à qui sera le meilleur, les "mauvais" étant montrés du doigt jusqu'à être affichés à l'entrée des centres d'appel.

L'évaluation exige aussi des salariés un comportement et une adhésion conformes aux exigences managériales. Les critères de savoir (formation) et de savoir-faire (expérience et ancienneté) permettaient de mesurer la qualification professionnelle. Depuis une trentaine d'année, cette notion de "qualification professionnelle" s'est effacée au bénéfice de la "compétence" englobant le "savoir être": capacité de relation, de communication, d'engagement, d'initiative, d'autonomie, d'obéissance, etc. Inacceptable auparavant, le jugement porté sur le comportement personnel au travail a introduit l'arbitraire dans l'évaluation, d'autant qu'il repose sur des critère subjectifs quantifiés dans des systèmes obscurs de notation, alors que la mesure des comportements est en réalité impossible tant elle dépend de facteurs qualitatifs et circonstanciels. Cet aspect est essentiel. Il montre que la mobilisation de l'énergie dans le travail ne concerne plus seulement l'engagement physique et professionnel, mais aussi toute la personnalité du salarié. La direction et l'organisation du travail ont introduit la subjectivité dans l'évaluation professionnelle, c'est-à-dire ce qu'il y a de plus intime en nous-mêmes : notre affectivité et notre psychisme. Il n'est pas étonnant que ce changement soit générateur de souffrances ou de "risques psychosociaux", lorsque notre personnalité est engagée dans la réussite ou l'échec de notre travail, de notre lien avec les collègues et avec l'encadrement."



B. Floris & M. Ledun, La vie marchandise, Editions La Tengo, 2013, pp. 188-191

lundi 28 septembre 2015

Diagnostic d'un malade de civilisation

L’état de santé général est bien souvent conséquence du mode de vie et de l'alimentation. Dans le texte ci-dessous écrit en 1973,  on nous décrit un malade victime de son régime alimentaire, de son rythme de vie, de ses préoccupations quotidiennes : l’ homme d’affaire. Relisant ce texte plus de 40 ans après, on ne peut que constater que ce diagnostic peut s’étendre à toutes les couches de la société, plus ou moins !!
***
"Si l'homme d'affaire voyage souvent, il a quand même une activité sédentaire.
Chargé de missions délicates, il a des responsabilités qui le rendent soucieux, nerveux.
Sollicité par des réunions mondaines, des cocktails ou des repas d'affaires, il est amené à manger beaucoup; à boire beaucoup.
Surmenage nerveux et mauvaise hygiène alimentaire sont le départ de bien des maux. Les malaises seront dûs aux "agressions", à la suralimentation, à l'excès d'alcool, à l'abus de tabac.

Toit d'abord, son entourage et lui remarquent une "certaine tendance à l'embonpoint"...
-Il se sent fatigué, parfois nerveux, migraineux, insomniaque...
-Il souffre d'aérophagie ou de brûlures d'estomac, de troubles digestifs.
-Il peut avoir des palpitations.
-il peut devenir sujet aux rhumatismes ou ressentir des troubles respiratoires.


Consultés à partir de malaises ressentis, les médecins diagnostiquent assez régulièrement les mêmes troubles : obésité, hypertension artérielle, troubles cardiaques, fragilité du foie.
A l'examen, le sang apparaît avec un taux de graisses, de cholestérol, de glucose ou d'acide urique trop élevé, prédisposant à l'infractus, au diabète, à l'arthrite, à la goutte.
(...)
D'après de récentes statistiques (...) on peut dire que 35% des causes de décès sont dus à des troubles résultants d'une mauvaise hygiène alimentaire, associée à une tension nerveuses permanente, dont les effets se sont accumulés peu à peu au cours des ans pour arriver à ces maladies de civilisation, maladies de pléthore dont l'homme d'affaire est la première victime.

Un régime alimentaire s'impose (...) pour un cas banal; le régime portera sur des restrictions d'ordre quantitatif (mois de plats au menu) et qualitatif (charcuterie, sauces, viandes et poissons gras, friture, alcool...)
Une meilleure répartition au cours de la journée est souhaitable. Les repas que l'on "saute" pour se donner bonne conscience et compenser les excès ne sont jamais la solution.
Si le malade présente une maladie bien déterminée (diabète par ex.), un régime approprié sera mis au point par un spécialiste.

La cure thermale
Les hommes d'affaire se retrouvent assez fréquemment dans une station (...) Enfin on apprend aux "surmenés" les secrets de la relaxation et les bienfaits d'un sport approprié et dirigé.

Mais le traitement le plus simple est encore le traitement préventif. Il est d'ordre psychologique, facile à entreprendre, et demande juste un peu de bon sens.
Les "affaires" souffriraient-elles vraiment d'un repas moins copieux ? de quelques apéritifs ou digestifs en moins ? On peut recevoir au restaurant en prévoyant un menu soigné et gastronomique, certes, mais équilibré et qui ne supprime pas les indispensables éléments crudités et légumes. "

***
Vision prémonitoire, involontairement. Dans le même ouvrage pourtant, l’auteur nous met en garde le lecteur contre les boutiques "bio" : "ces aliments naturels qui peuvent faire rêver, risquent d'amener en réalité bien des désillusions" (page 115) (!!!). Sans oublier la défense du DDT  "malgré la rhétorique éperdue des « environnementalistes » au sujet de la pollution du monde par le DDT, de sa pénétration dans les chaînes alimentaires et des dommages incalculables qu’il infligerait à l’homme et aux animaux les accusations contre le DDT deviennent de moins en moins convaincantes" (page 118) (!!!). Comme quoi certains réussissent à se préoccuper de santé individuelle sans pour autant adopter une vision plus globale ou holistique.


N. Thonnat, L'alimentation en question- se nourrir avec son temps, Desclée de Brouwer, 1973, pp.148-150

N. Thonnat. L'alimentation en question, se nourrir avec son temps, Desclée de Brouwer, 1973.

samedi 20 juin 2015

La santé passe aussi par le contact avec la nature et un environnement préservé

Un ouvrage indispensable : "Une écologie du bonheur" d'E. Lambin. Extraits :


John Muir, naturaliste et écrivain d'origine écossaise de la fin du XIXe siècle, écrivait ces belles lignes: « Escalade les montagnes et reçois leurs bonnes nouvelles. La paix de la Nature circulera en toi comme les rayons du soleil circulent dans les arbres ; le vent souffle leur fraîcheur en ton sein et les orages leur énergie, alors que les soucis tombent comme les feuilles en automne»
De nombreux autres poètes et artistes ont exprimé les bénéfices de la nature pour le corps, l'esprit et l'âme. Il s'agit de sentiments dont chacun a l'occasion de faire l'expérience au cours de son existence.
Les psychologues se sont intéressés au rôle de l'environnement naturel sur les sentiments, les comportements, les manières de penser, de sentir et d'agit. La vie moderne et son rythme frénétique occasionnent souvent une fatigue de l'attention dirigée, c'est-à-dire l'attention centrée sur des tâches spécifiques, comme le travail par exemple. Les symptômes de cette fatigue sont une difficulté à se concentrer, une tendance à être irritable et une fréquence accrue d'erreurs dans des tâches qui nécessitent de la concentration. Cette diminution des ressources cognitives face aux demandes de la vie quotidienne est une cause importante de stress. De nombreuses études ont démontré qu'un contact avec la nature est une manière très efficace de récupérer face à cette fatigue mentale. Le monde naturel nous aide à nous ressourcer. La plupart des personnes perçoivent les environnements naturels comme plus favorables à cette revitalisation que les environnements urbains. Un contact avec la nature permet aux mécanismes dont dépend l'attention dirigée de se reposer et d'être ainsi restaurés à leur niveau normal.

Autre découverte importante de la psychologie environnementale: les préférences écologiques des individus sont influencées par leurs besoins de lieux de récupération. En d'autres mots, si nous percevons les environnements naturels comme étant plus beaux et plus attractifs que les milieux urbains, c'est en partie parce qu'ils répondent mieux à notre recherche de cadres favorables pour nous recharger en énergie. De multiples expériences en psychologie confirment sans ambiguïté qu'une proximité avec la nature a des effets bénéfiques sur la santé psychique et physique. Par exemple, les résidents de quartiers urbains dont le cadre de vie est délabré et dépourvu de végétation naturelle semblent souffrir plus fréquemment de symptômes de stress chronique et de problèmes de santé, indépendamment de caractéristiques comme l'âge, le milieu social ou les habitudes de vie. En 1984, une étude étonnante a été publiée dans la revue Science par Roger Ulrich, un géographe américain. Il y démontrait que des patients qui avaient subi une opération chirurgicale récupéraient mieux lorsqu'ils occupaient une chambre d'hôpital avec vue sur un paysage naturel plutôt que sur un mur de briques. Les premiers pouvaient quitter l'hôpital en moyenne un jour plus tôt que les seconds, ils avaient besoin de moins d'antidouleurs et leur comportement était évalué de manière plus positive par les infirmières. Depuis, les résultats de cette étude pionnière ont été non seulement confirmés, mais également élargis à d'autres situations, en particulier par l'équipe de Terry Hartig, un psychologue américain de l'université d'Uppsala. La proximité ou même la simple vue de la nature augmente le bien-être sut le lieu de travail. Parmi les personnes qui ont un travail sédentaire, celles qui disposent d'une fenêtre avec une vue sur des arbres, des buissons ou des fleurs expriment une plus grande satisfaction que celles dont la fenêtre donne sur un parking une rue ou d'autres bâtiments. De plus, ces derniers souffrent plus fréquemment de maux de tête. Faite de courtes pauses au travail pour contempler un paysage naturel diminue la fatigue mentale. Des plantes d'intérieur dans un bureau ont également un effet relaxant. Dans une prison du Michigan, aux États-Unis, les prisonniers dont la fenêtre de la cellule donne sur une cour intérieure consultent le service médical avec une fréquence 24 % supérieure à celle des prisonniers dont la fenêtre donne sur un paysage champêtre.
En ce qui concerne le lieu de résidence, la source la plus importante de satisfaction pour Un échantillon d'Américains d'une communauté résidentielle proche de Détroit était la présence de zones boisées accessibles dans les environs immédiats de leur maison. Ce facteur était plus important que la taille du jardin. Le paradoxe est que la création de quartiers périurbains dans des zones de forêts entraîne la destruction de ces dernières, alors qu'elles constituent le facteur d'attraction principal des résidents de ces quartiers.
Des vacances consacrées à la randonnée à pied dans une nature sauvage engendrent à moyen terme (jusqu'à trois semaines après le retour) un plus grand sentiment de bonheur et de meilleures performances lors de tests qui requièrent une grande concentration que dès vacances consacrées à la visite d'amis ou de membres de la famille, Une excursion en voiture dans un environnement non sauvage, un voyage culturel ou des activités relaxantes chez soi. Des activités de jardinage pratiquées fréquemment permettent également de mieux faire face au stress (les médecins parlent même de «thérapie horticole »).
Une image de la nature est moins efficace, mais elle a également un effet apaisant: lorsqu'un des murs de la salle d'attente d'un dentiste est orné d'une représentation d'un paysage naturel ouvert, les patients ont une tension artérielle plus faible et se déclarent moins anxieux au moment de l'intervention. Après avoir subi un examen sur une matière difficile ou avoir visionné le film d'un accident industriel, des étudiants auxquels on a montré des images de paysages naturels récupèrent plus vite sur le plan émotionnel que ceux auxquels des photographies urbaines ont été montrées.
Tous ces résultats proviennent d'expériences rigoureuses menées en psychologie expérimentale et au cours desquelles de nombreux facteurs susceptibles de biaiser les observations ont été contrôlés par des procédures souvent sophistiquées. Ces recherches en psychologie environnementale démontrent que le fait d'être en contact avec la nature ou de la contempler en réalité ou en image a un effet bénéfique sur le bien- être.


Théories explicatives 
En psychologie, trois théories permettent d'expliquer ces observations empiriques.
Selon la première théorie, qui porte sur le rétablissement de l'attention et qui est proposée par Stephen et Rachel Kaplan, deux pionniers américains de la psychologie environnementale, on récupère d'une fatigue due à une attention dirigée grâce à une attention involontaire, qui n'exige aucun effort. Les environnements naturels se prêtent particulièrement a cette réparation, car ils ont plusieurs propriétés favorables ; ils créent une distance psychologique pat rapport aux préoccupations mentales habituelles et éloignent donc de la routine. La montagne, la mer, les forêts offrent ce sentiment d'éloignement. Il s'agit bien d'une transformation ou d'un éloignement conceptuel plutôt que physique. Par leurs qualités esthétiques, les milieux naturels suscitent une «fascination douce» en sollicitant les sens sans effort particulier, grâce à une attention presque involontaire, fondée sur l'intérêt et la curiosité. Lorsque cette attention est engagée, les sollicitations de l'attention volontaire diminuent, ce qui permet de récupérer. Tel est le pouvoir d'un coucher de soleil, des couleurs de l'automne dont une forêt se revêt chaque année ou de la forme toujours changeante des nuages : cela fascine sans pour autant accaparer l'esprit comme le ferait la lecture d'un texte ou la participation à une réunion. Les environnements naturels offrent également un cadre organisé et cohérent, d'une grande ampleur et de portée suffisante pour créer le sentiment qu'il y a toujours plus à découvrir. Ils constituent donc un support idéal pour une exploration continue qui engage l'esprit. C'est le cas par exemple du sentier dont la courbe cache de nouvelles perspectives, ou des ruines et vestiges archéologiques qui nous connectent à des temps anciens et donc à un monde plus large que le cadre quotidien.

Enfin, il y a un degré élevé de compatibilité entre les inclinations des personnes et les caractéristiques de la nature, tant pour ce qu'elle a à offrir, c'est-à-dire les possibilités d'exploration, que par ce qu'elle exige, c'est-à-dire les contraintes associées à cette exploration. Que l'on aborde la nature avec un objectif de locomotion (randonnée à pied, à cheval ou à vélo), de prédateur (chasse ou pêche), de domestication (jardinage), d’observation (des oiseaux, des fleurs…) ou d’aventure, cette diversité d’approches rencontre toujours une des multiples facettes de l’environnement naturel.

Une théorie complémentaire à la première met l’accent sur les changements physiologiques et émotionnels pouvant se produire chez un individu lorsqu’il contemple une scène juste après avoir subi une situation qui impliquait un défi ou une menace. Au début des années 1980, Roger Ulrich (…) a eu l’intuition que la perception de certains contenus et qualités dans une scène aide à récupérer après un stress psychosociologique. (…) Selon cette théorie, la nature humaine serait préparée biologiquement à répondre de manière positive aux éléments de l’environnement  qui signalent des possibilités de survie et de bien-être.

La troisième théorie, (…) affirme que les personnes développent une perception du sens de la vie et de sa finalité à travers l’expérience  de l’appartenance au monde naturel (…) les individus ont un besoin, enraciné dans l’histoire biologique de l’espèce humaine, d’être affiliés et connectés avec le monde naturel. (…) En particulier, la capacité de réfléchir à des problèmes personnels et de les mettre en perspective augmente dans un cadre naturel, ce qui est bénéfique pour le bien-être.


E. Lambin, Une écologie du bonheur, 2009, édition Poche 2014, pp. 45-52

jeudi 18 juin 2015

Jus de fruit = sucre ≠ fruits


Que ce soit les purs jus ou les jus à base de concentré (ABC), même vendus au rayon frais, aucun n’égale la qualité nutritionnelle des jus que l’on presse soi-même. Ainsi les jus produits à partir de  fruits « superaliments » (cranberry par exemple) perdent une bonne partie de leurs qualités du fait de leur passage en « jus ».



« Pur jus » n’a jamais signifié « naturel ». cette mention caractérise un produit qui contient tout le jus des oranges, par opposition aux jus «  à base de concentré », dont l’eau est extraite et remplacée par une eau ne provenant pas du fruit.
Mais, comme le jus ABC, le « pur jus » doit se conserver relativement longtemps : pressé à proximité des cultures d’orangers, ce jus est ensuite transporté par bateau jusqu’en Europe ; là, il est mis en bouteille, avant d’être acheminé vers les différents points de distribution, où il peut attendre plusieurs semaines (voire plusieurs mois) avant d’être vendu.
Pour rester comestible, le jus est pasteurisé, c’est-à-dire chauffé afin de détruire les bactéries, ainsi que les enzymes susceptibles de provoquer sa fermentation. L’inconvénient est que « ce traitement  modifie, à des degrés différents variant selon le temps de chauffage et la température, l’équilibre existant entre les différentes molécules naturelles qui composent le jus d’orange » explique I. Birlouez-Aragon, maître de conférence à l’INRA.
Emblème récurrent du marketing soucieux de prouver l’authenticité et le caractère « naturel » des jus indutriels, la vitamine C, par exemple, est altérée par la pasteurisation. Comme elle continue de se dégrader pendant toute la durée de la conservation, « le jus d’orange ne contient plus, à la date limite d’utilisation optimale, que 70% de la vitamine C de départ », indique la chercheuse de l’INRA (…)
"Et des fibres, il ne reste quasiment rien", souligne la Dre M. Gerber, spécialisée dans l’épidéliologie de la nutrition. Or, primordial pour l’assimilation des sucres et des graisses, ainsi que pour le transit intestinal, l’apport en fibres est l’une des raisons nutritionnelles majeures de consommation des fruits

N. Vergeron, « Jus de fruit : qui a volé l’orange ? », in Alternative santé n°313, juillet-août 2004, pp.40-42.

vendredi 17 avril 2015

Stress et fatigue

Cancer, diabète, maladies cardio-vasculaires sont les maux liés au mode de vie occidental. N’oublions pas non plus le stress, dont une des manifestations est le burn out, syndrome d’épuisement lié au travail. Derrière cette expression de langue anglaise se cache en fait un terme que nous connaissons mieux en français sous le terme de stress professionnel chronique. 
Pour guérir de ce type de maux, il faut être en mesure de combattre les symptômes, et être en plus en mesure de remettre en cause certaines de nos habitudes de vie/travail, durables ou passagères. 
Dans l’article ci-dessous sont présentées quelques solutions naturelles pour combattre les effets du stress et de la fatigue. 

Source : 

Extraits
« Le Pr Hans Selyé, il y a plus de trente ans, a étudié scientifiquement les effets organiques et psychiques du stress. Ses conclusions restent valables à ce jour. Il définit trois paliers successifs dans les effets du stress. En premier, la « phase d'adaptation » : l'individu soumis à des fatigues physiques, psychiques ou intellectuelles cherche à s'adapter. Il dispose d'une certaine réserve énergétique qui lui sert à contrer les effets négatifs engendrés par ses stress de vie. Si les éléments perturbateurs sont éliminés, si la personne arrive à se reposer et retrouve une bonne hygiène de vie, l'organisme récupère et la fatigue s'efface. On est redevenu « sain » et plein d'énergie. Si les stress persistent et que l'on néglige les signaux de fatigue sans rien faire pour récupérer, on entre dans la « phase de résistance ». L'énergie vitale diminue, on se bat avec moins de vigueur contre la fatigue générale. Des troubles organiques vont apparaître, le plus souvent sur les points faibles : troubles digestifs, émotionnels, cardiovasculaires, articulaires, infections répétitives, etc. Des perturbations hormonales s'installent aussi. Il est encore temps de réagir, en éliminant dans la mesure du possible les causes de fatigue et de stress, en se contraignant au repos, en retrouvant, comme dans la première phase, une bonne hygiène de vie et en s'aidant avec des compléments nutritionnels, des vitamines, des oligoéléments, de la phytothérapie, de la gemmothérapie, de l'aromathérapie.
Le recours aux tranquillisants et aux antidépresseurs sera le plus possible évité. Au delà de cette deuxième phase, on entre dans la «phase d'épuisement». On a complètement épuisé  son potentiel de défense, les troubles organiques ne sont plus épisodiques mais chroniques et deviennent graves, l'issue peut être fatale. Dernier élément souligné par le Pr Selyé : la résistance au stress est très variable selon les personnes. Certaines s'adaptent très bien alors que d'autres, pour le même niveau de stress, entrent déjà dans la seconde phase. De toute façon, quel que soit son potentiel, il faut très sérieusement prendre en compte les effets du stress et ne pas les laisser s'installer.

Voici comment lutter naturellement.

Vitamines 
Deux sortes de vitamines s'imposent dans la lutte antifatigue et antistress. Le stress consomme énormément de vitamine C dont on sait qu'elle est par excellence la vitamine antifatigue. Elle est aussi anti infectieuse et combat les troubles circulatoires. Pendant les périodes difficiles, une prise d'au moins un gramme par jour s'impose. Sous forme d'acérola, d'extrait de cynorrhodon ou autre forme naturelle, elle n'est pas excitante et donnera du tonus. On peut l'associer à de l'extrait de cassis, plante qui stimule les défenses immunitaires. L'ensemble des vitamines du groupe B, surtout la B1, possède une action régulatrice et stimulante sur le système nerveux. On les trouve dans la levure de bière, les céréales germées (germe de blé en particulier) et sous forme de complexes vitaminés.

Minéraux et oligoéléments 
Le magnésium, en tant qu'aliment de la cellule nerveuse, réduit les conséquences du stress et tonifie l'organisme. On en trouve dans l'amande et les fruits secs, le soja en grains, les céréales complètes biologiques. Il peut être pris sous forme de complément nutritionnel, à raison de 300 à 400 mg par jour. Une association avec le calcium (en dosage optimal) est également recommandée. Parmi les effets du stress, principalement chez les femmes, on peut noter une accentuation de la rétention d'eau avec possibilité d'oedème ; une supplémentation en potassium s'impose. À prendre en complément nutritionnel sous forme liquide ou en gélules. L'alimentation doit être rechargée en abricots et haricots secs, soja, ou tamari, pêche et banane séchée.
Le sélénium est aussi un bon élément antistress car il agit sur les surrénales et active les défenses organiques. On le trouve dans les céréales complètes, la levure alimentaire, les graines germées, l’oignon et l’ananas.
Le Zinc, enfin, est certainement l’oligoélément le plus consommé par le stress. Aujourd’hui, sa carence chez la plupart des individus impose une prise sous forme de complément nutritionnel. On conseille de l’associer systématiquement à la vitamine B6 car il se crée alors une synergie bénéfique.


Phytothérapie, (…) et aromathérapie 

On pourra (…), selon que l'état de stress se manifeste par de l'excitation ou de l'apathie, utiliser des plantes calmantes ou des plantes toniques

Les plantes apaisantes :

Aubépine (sommités fleuries) : sédative des systèmes nerveux et cardiovasculaire en cas de palpitations, d'anxiété et d'oppression cardiaque.

Houblon (cônes femelles) : calmant, sédatif en cas d'anxiété, d'agitation, d'insomnie.

Basilic (feuilles) : rééquilibrant nerveux, digestif, tranquillisant en cas de fatigue, d'insomnie. Particulièrement efficace sous forme d'huile essentielle car il calme les personnes énervées et tonifie les personnes apathiques.

Mélisse (feuilles) : antispasmodique, apaisante et digestive en cas de troubles liés à la nervosité, la dépression, l'émotivité. La forme huile essentielle est particulièrement recommandée.

Passiflore (feuilles et fleurs) et valériane (racines) : plantes apaisantes et sédatives, particulièrement en cas d'insomnie, d'anxiété, de nervosité et d'émotivité

Tilleul (bractées): contre la nervosité et l'insomnie. Convient aux enfants.

Les plantes tonifiantes :
L'avoine tonifie le système nerveux.

Les racines d'eleuthérocoque et de ginseng, ces plantes dites « adaptogènes», permettent à l'organisme de réguler un grand nombre de fonctions aussi bien dans le sens « hyper » que dans le sens « hypo ». Elles permettent de faire efficacement face au stress

Les feuilles de sauge assurent une tonification hormonale, physique et intellectuelle.

Le thym et le romarin tonifient le système nerveux et l’ensemble de l’organisme (plans physique, psychique, sexuel)

Le figuier {Ficus carica) : tonique général, action régulatrice et calmante sur le système nerveux dans les cas de nervosité, de dépression, stress, d'angoisse, de spasmophilie et d'insomnie.

Le pin sylvestre (pinus sylvestris) : reminéralisant, régénérateur des cartilages, action antiinflammatoire et antidouleur.

Le romarin (Rosinarinusof ficinalis): lutte contre la fatigue et la somnolence. Action euphorisante chez les personnes nerveuses et stressées

Le séquoia (séquoia gigantea) : action tonique et antideprime. Lutte contre la fatigue en général et la fatigue sexuelle en particulier, surtout chez les personnes d'un certain âge. »

Extrait de « Lutter naturellement contre la fatigue et le stress », par C. LIU, in ALTERNATIVE SANTE N°308 FEVRIER 2004

vendredi 11 juillet 2014

Le retour du savon de Marseille

Le retour du savon de Marseille ?

Source : http://www.label-savon-de-marseille.fr/Le-label_a21.html


Le véritable savon de Marseille fait son « retour » au travers de différentes initiatives relayées par les médias, en de multiples occasions comme ici, ou encore  (NB : liens vers des vidéos malheureusement précédées de publicité). Ce « retour » semble coïncider avec plusieurs faits de société.
-  1. L’intérêt conjoncturel, dû à la crise économique, porté au « Fabriqué en France », voire à l’artisanat local.
-   2. L’intérêt porté aux « marques déposées » et « appellations d’origine contrôlée », réaction au développement massif, soit des imitations illégales, soit des appellations fallacieuses, soit de l’invasion de produits « typiques » fabriqués à l’étranger dans des pays aux coûts de main d’œuvre largement inférieurs aux coûts français et européens, ou au développement de ces éléments combinés ensembles : produit « local » imité et entré en France illégalement depuis un pays « en voie de développement ».
-3. Le souci porté par les associations de consommateurs notamment, à connaître précisément la composition des produits contenant des éléments pouvant nuire à la santé.
Chacun de ces trois sujets a été couvert de manière massive par les médias dans le cadre d’ « affaires» ayant eu des conséquences juridiques. Que l’on se souvienne du « couteau de Laguiole », du                  « Médiator », ou du Bisphénol A.

Concernant le savon de Marseille, nous avons une combinaison des deux premiers facteurs. Les savonneries de Marseille sont passées de 90 au début du XXe siècle (pour 180 000 tonnes produites en 1913), à quatre aujourd’hui.
Aujourd’hui de nombreux savons, soi-disant « de Marseille », ou portant des dérivées du nom de Marseille (Marseillais...), n’ont absolument rien à voir avec le véritable savon de Marseille tel que la recette à base végétale en a été fixée par  François Merklen  en 1906 : 63 % d’huile de coprah,  d'olive, 9 % de soude ou sel marin, 28 % d'eau.
La qualité du savon de Marseille avait été réglementée dès 1688 sous le règne de Louis XIV : « On ne pourra se servir dans la fabrique de savon, avec la barrille, soude ou cendre, d'aucune graisse, beurre ni autres matières ; mais seulement des huiles d'olives pures, et sans mélange de graisse, sous peine de confiscation des marchandises »

Aujourd’hui, la plupart du temps, le savon n’a pas été fabriqué à Marseille, ni dans sa région, et contient des graisses animales, désignées dans la liste des composants par l’appellation : SODIUM TALLOWATE. Se laver consistant presque à utiliser autant de graisse animale que pour la fabrication d'une saucisse ...
Le Sodium Palmate ou le Sodium Palm Kernelate indiquent les savons à base d’huile de palme. Le Sodium Cocoate indique un savon composé à partir d’huile de coprah et le Sodium Olivate à base d’huile d’olive. Les  sels de soude sont indiqués par le terme de Sodium Hydroxide.
Faux savon de Marseille : Sodium tallowate, parfum... L'odeur de miel, ici, ne doit pas cacher l'original animale du Sodium Tallowate

Comme l’indique l’édit de Louis XIV, le problème de la contrefaçon du savon de Marseille n’est pas nouveau.
Cependant, les données du problème sont aujourd’hui complètement différentes.

Ainsi, la « contrefaçon » se double d’un problème santé et/ou d’environnement. Les savons se composent souvent de produits issus de la pétrochimie : EDTA, Tetrasodium Etidronate, Sodium C12-13 Pareth Sulfate, Glycol Distearate, Styrene/Acylates Copolymer, etc. Si leur capacité nettoyante n’est pas en cause, ces produits sont très polluants voire dangereux pour la santé.

Le problème qui se pose au « véritable » savon de Marseille rejoint aussi les problèmes qui se posent aux produits alimentaires d’origine BIO mis en concurrence face aux produits issus de l’industrie agro-alimentaire.
La consommation de viande a largement augmentée au cours de la période contemporaine. En France, on serait passé d’une consommation de 19 kg au début de XIXe siècle, à environ 40 kg entre 1885 et 1925, avec une augmentation constante jusqu’à la fin du XXe siècle avec plus de 100kg par an/habitant. Elle se serait stabilisée à environ 89 kg  depuis quelques années.
Vu le niveau de consommation de viande, l’industrie agro-alimentaire produit massivement des ingrédients ou composants dérivés de substances animales. Cette production n’est pas nouvelle ; la chasse à la baleine avait pour motivation principale la recherche de graisse animale servant entre autres pour les cosmétiques. On produit des cosmétiques à base animale depuis des milliers d’années. Mais la quantité est une donnée nouvelle.
La chasse à la baleine. Source : http://jso.revues.org/5332?lang=en


Ainsi la combinaison de la production massive de substances animales dérivées et de produits dérivés du pétrole, contribue largement à la possibilité de produire des savons à très bas prix.

Au contraire, les produits tels que les véritables savons de Marseille sont relativement difficilement trouvables sur le marché, et coûtent plus chers que les savons normaux.

S’y ajoute la concurrence avec des produits bien plus attrayants en terme de « marketing » : gels douches et savons parfumés au saveurs exotiques, aux textures toujours plus sophistiquées…

Ainsi le « retour » massif du véritable savon de Marseille semble-t-il largement compromis. La faute à une combinaison de facteurs économiques variés que nous avons vus dans cet article.

Heureusement, le véritable savon de Marseillle et les autres savons d’origine naturels ont-ils encore un « public » qui très souvent a choisi en toute conscience de cause de ne plus acheter un certain type de savons/gels douche, pour une meilleure santé, moins de pollution, par simple conviction voire par geste politique.


Savon d'Alep

lundi 28 avril 2014

Tensions musculaires et états émotionnels


On entend souvent par santé le bien-être physique, l'absence de maladie, dans notre état actuel, comme dans notre état futur, c'est-à-dire lorsque nous serons âgés.  D'où l'importance de faire attention à ce que l'on mange, et surtout à faire attention à l'aspect sain de notre environnement : la pollution sur une longue période, l'empoissonnement d'un jour peuvent avoir des conséquences graves qui se révéleront bien plus tard. Le problème de la pollution étant qu'il s'agit d'un problème global sur lequel il n'est parfois pas possible d'agir individuellement. 
Il y a un autre aspect de la santé qui est parfois oublié, c'est le bien-être "mental". Et l'on oublie que ce bien-être mental peut-être lié au bien-être physique "Mens sana in corpore sano" comme dit la maxime.  C'est la dimension holistique du soin. Dans l'extrait qui suit, nous nous intéresserons aux postures. 

"Par les émotions positives ou négatives que nous vivons, nous libérons dans le corps des hormones type dopamine ou sérotonine, dans le premier cas, ou adrénaline ou noradrénaline dans le second. Ces hormones sont également sécrétées par l'intestin, le ventre étant le centre des émotions.
(...)
Notre corps est sans aucun doute l'enregistreur de notre histoire, physique et psychologique. Les charges affectives se greffent sur lui tout au long de notre parcours sans que le mental prenne part à ce processus. Le plus souvent, nous n'en avons pas conscience car la représentation de notre corps nous est étrangère.
(...)
Selon le spécialiste, la structure de notre corps serait impactée par trois émotions/conflits majeurs : la dévalorisation, la culpabilité et la peur. Pendant la petite enfance, les rôles du père et de la mère ont un impact déterminant sur la posture "Si l'enfant manque de père, il aura deux attitudes possibles : le pouvoir avec une posture de revanche, le thorax projeté en avant, ma masse abdominale vers l'arrière, plutôt tablette de chocolat, réactif dans le combat ; ou la soumission avec une colonne dorsale cyphosée en bosse et très lordosée (cambrée) en lombaire, réactif dans la fuite. A l'inverse, si c'est le père qui est très présent, le lien insécurisant à la mère pourra conduire à une compensation par la nourriture, une tendance à la surcharge pondérale avec un sous-développement de la masse musculaire pour ne pas se faire agresser. L'enfant manquera de tonus dans sa posture.
Durant l'adolescence c'est le sentiment de dévalorisation qui prédomine.

Les profils (déterminés par Godelieve Denys-Struyf)




Agir sur sa posture

Notre posture n'est pas la même quand nous sommes en forme ou déprimé. Nous avons une structure de base mais en fonction des événements que nous vivons et de notre travail corporel, notre posture peut se modifier. Le fait de retrouver une mobilité dans nos mouvements en agissant directement sur le corps, modifierait nos états d'esprit et notre comportement (...).
Selon l'ostéopathe, c'est tout le travail effectué en fasciathérapie qui tend à équilibrer les tensions de notre axe crânio-sacré par la libération des fascias, des tissus de nos muscles, viscères et organes, pour redonner de l'expansion à nos muscles et redresser notre structure. Bien sûr la posture idéale serait la verticalité mais personne ne correspond à ce modèle. En posturologie, les praticiens prescrivent des semelles posturales qui jouent sur les points d'appui dans le sol pour modifier le centre de gravité du patient et reprogrammer ainsi la posture. La plupart des ostéopathes s'en accordent : notre place dans l'espace dépendrait en effet de notre équilibre dans le sol et de notre système auditif et oculomoteur.

I. Frenay, "Posture, ce qu'elles racontent de vous", in Alternative Santé n°388, Mai 2011, pp. 40-42

dimanche 2 septembre 2012

La pollution à la source de la plupart des maladies

Dominique Belpomme est professeur à l'université Paris-Descartes. Il est à l'origine de l'appel de Paris en 2004, qui déclare dans son article 1 que " Le développement de nombreuses maladies actuelles est consécutif à la dégradation de l'environnement", notamment la pollution chimique (art. 2). En conséquence, il est favorable à un changement de paradigme médical.
Habituellement la médecine recherche l'origine des maladies dans les gènes (donc dans l'acquis), ou dans le mode de vie (alcool, tabac). Par ailleurs la recherche médicale et la médecine ont comme principe d'identifier la maladie pour soigner le malade, mais sans forcément à rechercher les causes de la maladie, ce que le Pr Belpomme résume ainsi "La médecine a toujours été plus à l'aise pour décrire les maladies  que pour en rechercher les causes  et y trouver les remèdes." (p. 105 Avant qu'il ne soit trop tard)
Le développement des cancers et l'incapacité de la médecine à les guérir l'a poussé à formuler l'hypothèse suivante "Car, contrairement à ce qui est encore affirmé sans raison scientifique valable, le cancer n'est pas seulement une maladie liée à notre mode de vie ou au vieillissement de l'organisme, mais une maladie de l'environnement, causée par la dégradation physique, chimique ou biologique de celui-ci, que nous provoquons." (p.25, Avant qu'il ne soit trop tard)
Voici ci-dessous quelques extraits de son ouvrage "Avant qu'il ne soit trop tard", Fayard, 2007





Notre médecine moderne s'est orientée et s'oriente toujours vers la génétique -l'étude des gènes-, et croit fermement que grâce à l'étude du génome - l'ensemble des gènes - elle pourra un jour comprendre la nature des maladies et mettre au point de nouveaux traitements qui, selon elle, permettront la guérison de tous les malades ou du moins de la plupart d'entre eux. Bien évidemment, elle se trompe, car les causes de nos maladies ne sont pas dans notre corps, mais dans l'environnement, et la génétique ne pourra pas, sauf dans quelques très rares cas, parvenir à la mise au point de nouveaux traitements.
(…)
Les lésions responsables du cancer - les gènes du cancer - sont situés dans les cellules cancéreuses. Cest donc dans le génome de ces cellules qu'on cherche à comprendre la maladie, et non en dehors. c'est ce que font la plupart des chercheurs aujourd'hui. ils tentent d'inventorier les gènes du cancer et de comprendre comment ces gènes sont à l'origine de la transformation des cellules normales en cellules cancéreuses, comment, en se multipliant, ces cellules donnent naissance à une tumeur et comment celle-ci se développe dans l'organisme. L'objectif était louable il y a vingt-cinq ans, et j'y ai moi-même contribué. aujourd'hui il a atteint ses limites et conduit à une fausse piste. on connaît maintenant dans les grandes lignes la façon dont se développe et progresse un cancer. En fait, on a découvert l'extrême complexité des désordres moléculaires au niveau du génome ainsi que leur très grande disparité d'un type de cancer à l'autre, et même pour un type donné de malade à l'autre. Complexité et disparité, voilà les deux grands murs auxquels se heurtent aujourd'hui les chercheurs, rendant illusoire, sauf cas particuliers très rares, toute tentative thérapeutique basée sur la génétique. En outre, comprendre la maladie dans l'organisme n'est pas comprendre ce qui la provoque. Les causes du cancer relèvent en réalité de deux types de facteurs : les gènes de susceptibilité et l'environnement.  Or les gènes de susceptibilité sont à rechercher non pas particulièrement dans les cellules cancéreuses mais dans les cellules normales, autrement dit dans la très grande majorité des cellules de l'organisme.
(…)
L'opinion courante veut que l'atavisme ait un rôle prédominant et que nous développions la ou les maladies que nous héritons de notre ascendance. cela n'est que partiellement vrai. dans deux cas sur trois, la maladie survient de novo, car elle est principalement, sinon exclusivement, liée à l'environnement. Il apparaît donc clairement que la génétique n'explique pas tout, que les facteurs  héréditaires ne font le plus souvent que favoriser l'émergence des maladies, et que les véritables facteurs qui les provoquent  sont environnementaux.

Source : http://jdvilleminot.free.fr/garagevilleminot/pages/gpl.php

(...)
L'idée qui prévaut toujours en médecine est que les causes des maladies sont liées à notre corps. J'ai rappelé le combat de Pasteur pour convaincre la société savante de son époque qu'il n'en était pas ainsi. C'était alors l'environnement microbien qui était concerné. Aujourd'hui, ce n'est plus le cas. Ce n'est plus seulement l'environnement naturel qui est à l'origine des maladies, mais essentiellement sa dégradation physique, chimique et biologique. aux causes naturelles se sont substituées progressivement, pendant le dernier siècle, les causes artificielles. Alors qu'à l'époque de Pasteur le problème relevait purement du domaine de la santé et de la médecine, il est aujourd'hui sociétal, puisqu'il remet en cause la validité même des activités humaines. (…)
certains de nos concitoyens, et même certains scientifiques, doutent que la pollution physicochimique puisse être à l'origine d'un grand nombre de nos maladies. la raison avancée est que, délivrés à l'organisme à petite dose, un rayonnement ou une substance chimique agiraient par un mécanisme d'action indéterminée. Autre argument : tant qu'on a pas de preuve épidémiologique
irréfutable, on ne peut rien dire et il vaut mieux attendre. Ces détracteurs commettent une double erreur, car il est aujourd'hui clairement démontré que les faibles doses peuvent induire des maladies chroniques. et une erreur de santé publique, car attendre, c'est se préparer au pire.
(…)
Il est clair qu'en matière de pollution environnementale la plupart des maladies induites ne relèvent pas de la toxicité aïgue (celle qui dépasse une dose-seuil à ne pas dépasser) mais de la toxicité chronique (qui évolue lentement, qui dure longtemps). Dans ces cas, ce n'est pas la dose qui fait le poison, mais sa répétition. le concept est relativement nouveau et ne concerne pas seulement les substances chimiques, mais aussi les rayonnements. Nos normes réglementaires sont donc certainement excellentes pour nous protéger des intoxications aïgues, mais elles sont incapables, en cas d'exposition prolongée à de faibles ou de très faibles doses, d'éviter l'apparition des maladies chroniques. En cas d'exposition chronique, c'est en effet moins la dose quotidienne qu'il faut considérer que le facteur temps; plus la durée d'exposition est grande, plus la probabilité de développer une maladie chronique, et en particulier un cancer, est élevée. cela vaut quelle que soit la dose quotidienne délivrée à l'organisme : elle peut être minime (…) Ainsi ces normes ne peuvent-elles pas nous rassurer totalement (extraits p.68-74)
Source : http://photocal.over-blog.com/categorie-10066278.html




"La biodiversité doit être envisagée sous son double aspect : celui de la diversité des espèces, et celui de la diversité des gènes au sein d'une même espèce. Tout nivellement, toute homogénéisation à ces deux niveaux ne peuvent conduire qu'à l'émergence de maladies en raison de l'adaptation darwinienne des micro-organismes par sélection naturelle. dans une population, qu'il s'agisse  de plantes, d'animaux ou d'hommes, certains individus sont spontanément susceptibles de faire une maladie  donnée et d'autres pas. cette différence reflète la diversité génétique naturelle. toute manipulation génétique, toute sélection extrême visant à amoindrir cette diversité risquent donc d'accroître le pourcentage d'individus sensibles aux maladies en raison de l'adaptation darwinienne. Il en est de même pour les écosystèmes. Une perte de biodiversité, en modifiant ou en détruisant les équilibres écologiques naturels, autrement dit en favorisant la reproduction et la croissance des hôtes-réservoirs (Désigne une espèce animale qui porte un agent pathogène qui ne nuit pas à sa santé et qui fixe le point de départ d'une infection) et/ou des vecteurs naturels des agents pathogènes, ou encore en détruisant leurs prédateurs, ne peut qu'entraîner l'émergence de maladies nouvelles et la persistance ou la réémergence de maladies anciennes sous la forme de pandémies.
il s'agit ici des écosystèmes naturels, mais tout autant des agroécosystèmes. Pour ces derniers, on peut même concevoir que la sélection effectuée artificiellement par l'homme depuis le néolithique, qui a consisté à homogénéisé génétiquement les populations d'animaux par la création de nouvelles espèces domestiques à partir d'espèces sauvages, n'a fait en réalité que favoriser l'adaptation à ces animaux des agents pathogènes pour l'homme. Or que faisons-nous aujourd'hui ? Non seulement nous détruisons l'ensemble des écosystèmes naturels par la déforestation, la construction de villes, d'autoroutes et de barrages, le comblement des mares et l'assèchement des zones humides, la pratique de cultures et d'élevages intensifs, la stérilisation des sols, la destruction de la flore et de la faune sauvages du fait de l'utilisation outrancière de pesticides, la pollution hydrique et atmosphérique par de multiples substances chimiques et le réchauffement climatique lié à l'effet de serre, mais encore nous cherchons à modifier par transgentèse les espèces que nous avons sélectionnées en rompant les barrières génétiques qui les protègent (…)
Source : http://blog.veosearch.com/veosearch/public/principales_menaces_sur_la_biodiversit_.jpg
(Extraits p.54-56)

mardi 31 janvier 2012

L’art de prolonger la vie. Mens sana in corpore sano...

Christophe-Guillaume Hufeland (1762-1836), l’auteur de L’art de prolonger la vie, était un médecin et enseignant allemand de la fin du XVIIIème siècle et au début du XIXème siècle. Bien que son nom soit presque inconnu en France, il peut être considéré comme un précurseur de la médecine naturelle préventive de tradition européenne.
Il est en effet l’auteur, dès 1797, du livre Makrobiotik, traduit en français par L’art de prolonger la vie. Bien que le terme de Makrobiotik existait déjà dans la Grèce antique, Hufeland réintroduit le concept dans la médecine du XIXème siècle.
Le principe présenté dans  Makrobiotik est celui de la force de vie (Lebenskraft), présente en toutes choses, même si elle est plus facilement détectée dans les êtres organiques, où elle se manifeste comme la capacité à répondre aux stimuli externes. Cette force peut être affaiblie ou détruite, ainsi que renforcée, par des influences extérieures ; elle est épuisée par l'effort physique et augmentée avec le repos. Hufeland ne recherche pas seulement une vie plus longue et plus saine, mais aussi une vie plus éthique - la santé morale et physique sont considérées comme étroitement liées, et découlent de la même source, toutes deux marquées par une abondance de force de vie. Il n’est pas de meilleur moyen de guérir de la maladie qu’en ayant une bonne alimentation et un bon mode de vie.
Les extraits présentés abordent des thématiques très contemporaines, à l’heure où l’on se soucie de plus en plus de la qualité des produits que nous propose l’industrie agro-alimentaire. Par ailleurs, à la manière d’un David Servan-Schreiber, Hufeland s’intéresse également à l’influence que peut avoir le moral sur la santé, et propose certaines  règles de vie, qu’il nomme « maximes-pratiques ».

Source : Wikipedia


"1°. Ce n’est pas ce nous mangeons, mais ce que nous digérons, qui nous sert de nourriture. Ainsi, que celui qui veut devenir vieux mange lentement ; car les aliments doivent, dès le moment où ils sont dans la bouche, subir ce premier degré de modification et d’assimilation. C’est ce qui se fait en les mâchant bien, et en les mêlant avec la salive ; deux points que je regarde comme essentiels au procédé de la restauration, et par conséquent nécessaires à la prolongation de la vie ; d’autant plus que j’ai remarqué que toutes les personnes qui ont vécu longtemps mangeaient lentement.
2°. Cela dépend aussi beaucoup de la bonté des dents ; aussi je mets la conservation des dents au nombre des moyens de prolonger la vie.
(…)
3°. Qu’on se garde d’étudier, de lire, ou de s’appliquer à quelque chose en mangeant, ce moment doit être scrupuleusement consacré à l’estomac ; c’est celui de son règne, et l’âme ne doit alors agir qu’autant que cela est nécessaire pour seconder ses opérations. Par exemple, le rire est un des meilleurs moyens que je connaisse pour faciliter la digestion ; (…) Enfin, il faut tâcher d’avoir à table une société gaie, ce que l’on mange au sein de la joie, produit sans doute un sang bon et léger.
4°. Il ne faut pas se donner trop de mouvement immédiatement après le repas, ce qui trouble considérablement la digestion et l’assimilation des aliments. Il faut, ou rester debout, ou se promener lentement de long en large. Le moment le plus propre aux exercices du corps, est avant le repas, ou trois heures après.
5°. Ne pas manger au point de pouvoir sentir son estomac ; aussi est-il bon de cesser avant d’être rassasié. La quantité de nourriture doit aussi toujours être en raison du travail du corps ; moins on a travaillé, et moins il faut manger.
6°. Manger à des heures fixes. Rien n’est plus nuisible que de manger sans règle, à toute heure et hors des repas. Pour bien digérer, il faut que l’estomac ait fini la digestion précédente, et qu’il soit vide, afin que ses forces, ainsi que les sucs nécessaires à la digestion, aient eu le temps de se réparer et d’acquérir un nouveau degré d’âcreté. Après des pauses semblables, on recommence ses fonctions avec de nouvelles forces, avantage dont se privent ceux qui mangent sans cesse. Cette habitude produit la faiblesse d’estomac, de mauvaises digestions, de mauvais sucs (…)
7°. Manger plus de végétaux que d’autres aliments ; la viande a toujours plus de tendance à la putridité que les végétaux qui ont un germe d’acide, et détruisent la putréfaction, notre ennemi mortel. Outre cela, la viande est plus irritante et plus échauffante ; au lieu que les végétaux produisent un sang plus rassis, diminuent les sensations intérieures, l’irritabilité physique et morale, et retardent par conséquent la consomption. Enfin, la viande fait plus de sang et nourrit davantage, et exige par conséquent, si on veut qu’elle fasse du bien, plus de travail et d’exercice ; sans cela, le tempérament devient trop sanguin. La viande ne doit donc pas être la nourriture des savants ni des personnes qui mènent une vie sédentaire ; ils n’ont pas besoin d’autant de restauration, il leur faut des substances non matérielles, mais délicates et propres aux occupations de l’esprit. (…) 
8°. Manger peu le soir, peu ou point de viande, quelque chose de froid, et toujours quelques heures avant de se mettre au lit. Les jeunes gens d’un tempérament ne peuvent rien manger le soir de meilleur que du fruit avec du pain bien cuit. En hiver, il faut choisir les pommes, qui procurent un sommeil léger et paisible, quand on mène une vie sédentaire, ont l’avantage de prévenir les engorgements.
9°. Avoir soin de boire suffisamment ; on peut, à force d’étouffer l’instinct de la nature à cet égard, finir par oublier entièrement de boire et n’en plus sentir le besoin ; ce qui est une des principales causes des dessèchements, des obstructions dans le bas-ventre, et d’une foule de maladies si communes parmi les gens d’étude et les femmes qui mènent une vie sédentaire. Toutefois, il faut observer que le meilleur moment pour boire n’est pas pendant le repas ; car alors on delaye les sucs de l’estomac, et on affaiblit l’estomac lui-même ; mais le moment le plus favorable est environ une heure après le repas.
La meilleure boisson, c’est l’eau, que l’on méprise tant et que beaucoup de personnes regardent comme nuisible. Je la mets sans balancer au nombre des meilleurs moyens de prolonger la vie.
(…)
Le vin réjouit le cœur de l’homme, mais il n’est nullement  nécessaire à la prolongation de la vie (…) bien plus, comme moyen irritant et qui accélère la consomption, il peut abréger la vie quand on en boit trop souvent et en trop grande quantité. Ainsi pour que le vin ne fasse pas de mal et soit un ami de la vie, il ne faut pas en boire tous les jours, ni jamais en trop grande quantité ; plus on est jeune, et moins on doit en boire, et réciproquement. En général il faut le regarder comme un assaisonnement de la vie, et n’en jouir que les jours destinés à la joie, et pour animer un cercle d’amis.
(…)
Le tabac que l’on fume gâte les dents, dessèche le corps, fait maigrir, rend pâle, affaiblit les yeux et la mémoire, attire le sang vers la tête et les poumons, donne par conséquent des dispositions aux maux de têtes et aux maladies de poitrine, et peut causer des crachements de sang et la phtisie à ceux qui ont des dispositions à cette maladie. Outre cela, c’est un besoin de plus ; or plus l’homme a de besoins et moins il a de liberté et de bonheur.
CHAPITRE XII
Le repos de l’âme, la sérénité, le contentement, sont les bases du bonheur, de la santé, d’une longue vie. Mais ces moyens, dira-t-on, ne se donnent point, ils dépendent des circonstances. Je pense différemment : s’il en était ainsi, les grands et les riches seraient les plus heureux des hommes, et les pauvres les plus malheureux. Cependant l’expérience nous apprend le contraire ; car on trouve dans la classe de l’indigence plus de contentement que dans celle des riches.
Nous avons donc en nous-mêmes des sources de bonheur ; c’est à nous de les chercher et d’y puiser. Qu’on me permette de donner ici quelques moyens dont une philosophie pratique fort simple m’a démontré la bonté, et que je ne propose que comme maximes-pratiques, et comme le conseil d’un médecin bien intentionné.
1°. Il faut avant tout combattre ses passions. L’homme agité en tout sens par ses passions est toujours placé dans un extrême, dans un état d’exaltation, et ne peut jamais parvenir à l’humeur nécessaire à la conservation de la vie. Il augmenta par-là sa consomption d’une manière terrible, et il ne peut manquer d’arriver bientôt à sa fin.
(…)
3°. Il faut vivre au jour la journée, mais dans le bon sens, c’est-à-dire, profiter de chaque jour, comme si ce devait être le dernier, et sans s’inquiéter du lendemain. Malheureux, qui ne pensez jamais qu’à l’avenir, qu’à ce qui est possible, et qui, en formant des projets, oubliez le présent ! Le moment présent n’est-il pas père de l’avenir ? Celui qui profite de chaque jour, de chaque heure parfaitement et selon sa destinée, peut le soir se livrer le soir se livrer au sentiment doux et satisfaisant, non-seulement d’avoir vécu un jour et rempli sa destinée, mais encore d’avoir posé les fondements d’un avenir heureux.
4°. Il faut tâcher de rectifier ses idées sur chaque objet, et l’on verra que la plupart des maux proviennent de mal entendus, de faux intérêts, de précipitation, et que l’essentiel est moins ce qui nous arrive que la manière de le prendre. Celui qui possède un fond de bonheur pareil est indépendant des circonstances. Que Weishaupt a bien raison de dire : « Il est donc toujours vrai que la sagesse est la source du plaisir, et la folie celle du mécontentement ; il est vrai, qu’excepté la résignation aux volontés de la Providence ; excepté la persuasion que tout est pour notre plus grand bien ; excepté le contentement à l’égard du monde et la place qu’on y occupe, tout ce qui conduit au mécontentement et à la folie.
5°. Que l’on cherche sans cesse à fortifier la confiance dans l’humanité et les vertus qui en proviennent, la bienveillance, l’amour des hommes, l’amitié. Que l’on regarde tout homme come bon jusqu’à ce que l’on ait les preuves les plus convaincantes du contraire ; et même dans ce cas-là, il faut le regarder comme un homme égaré, qui mérite notre compassion plutôt que notre haine. Il serait peut-être bon, s’il n’eût été séduit par des mal entendus, par le défaut de discernement, ou par un intérêt mal calculé. Malheur à l’homme dont la philosophie consiste à ne se fier à personne ! Sa vie est une guerre offensive et défensive continuelle, et son contentement et sa gaieté sont perdus sans retour. Plus on veut du bien à tout ce qui nous entoure, plus on rend les autres heureux, et plus on est heureux soi-même.
6°. Une condition nécessaire au contentement et à la paix de l’âme, c’est l’espérance. Celui qui la possède, prolonge son existence, non-seulement en idée, mais encore physiquement, par le moyen du repos et de l’indifférence qui en proviennent. J’entends par espérance, non celle qui se renferme dans les bornes de notre existence actuelle, mais celle qui s’étend jusqu’au-delà du tombeau. L’idée de l’immortalité de l’âme est, selon moi, le seul objet qui nous rende la vie chère, et qui nous fasse supporter avec patience les désagréments dont elle est remplie. – Foi et Espérance, vertus sublimes ! qui peut, sans vous, parcourir la carrière de la vie semée d’impostures et d’illusions, dont le commencement et la fin sont enveloppés de nuages, et où le présent n’est qu’un instant, qui à peine sorti du cercle de l’avenir, est déjà englouti par le passé. Vous êtes les seuls appuis de celui qui chancelle, le plus doux délassement du voyageur fatigué : celui même qui ne vous révère pas comme des vertus sublimes, est obligé de s’attacher à vous, comme étant nécessaires à la vie, et il cherche en vous sa force par amour pour lui-même, si ce n’est pas par amour pour l’Être invisible ! On peut,  sous ce point de vue, regarder la religion comme un moyen de prolonger la vie. Elle y contribue en raison des forces qu’elle donne pour combattre les passions, de l’abnégation de soi-même, de la paix intérieure, et de la vivacité avec laquelle toutes ces vérités se peignent à notre âme.
Il en est de même de la joie. Qu’on ne croit pas qu’il faille toujours des accidents extraordinaires pour la faire naître ; c’est la disposition de l’âme, dont nous avons parlé, qui nous rend susceptibles : et celui qui est doué d’une pareille humeur ne manquera jamais d’occasions d’éprouver de la joie ; la vie elle-même en est une pour lui. Toutefois il ne faut jamais négliger l’occasion de rechercher un plaisir pur et de plus propre à prolonger la vie que celui que nous goûtons en famille, dans le commerce de personnes gaies et bonnes, et dans les jouissances de la belle nature. Un jour passé à la campagne, dans un air pur, au milieu d’un cercle d’amis, vaut surement mieux que tous les élixirs du monde. – Je dois aussi parler de l’expression physique de la joie, du rire. C’est le mouvement du corps le plus sain, car il agite en même temps le corps et l’âme, facilite la digestion, la circulation, la transpiration, et ranime la force vitale de tous les organes.
Je dois aussi parler des occupations de l’esprit plus relevées, en supposant que l’on observe les précautions que j’ai indiquées ci-dessus. Ce sont des jouissances particulières à l’homme, et une source de restauration digne de lui. Telles sont les lectures agréables et instructives, l’étude de sciences intéressantes, la contemplation et la recherche de la nature et de ses secrets, la découverte de vérités nouvelles par des combinaisons d’idées, de conversations intéressantes, etc."

Christophe-Guillaume Hufeland, L’art de prolonger la vie humaine, Lausanne, Lyon, deuxième édition, 1809. Extraits pp. 292-307
Texte disponible sur Gallica à l’adresse suivante : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k649281