dimanche 9 avril 2017

Glucides rapides / glucides lents ?

Pendant longtemps, on a donné aux glucides solubles purifiés le nom de « glucides rapides » par opposition  aux amidons, qualifiés de « glucides lents ». En fait, les traitements technologiques ou culinaires des produits riches en amidon, par exemple le pain blanc, peuvent les rendre aussi rapidement digestibles que le saccharose, si bien que le terme de glucides lents est réservé actuellement aux seuls aliments lentement dégradés (pâtes alimentaires, légumes secs). La vitesse de digestion de l’amidon est normalement limitée par l’attaque d’une enzyme pancréatique; cependant, certains amidons sont plus résistants que d’autres à cette attaque et leur utilisation peut être intéressante pour ralentir la vitesse d’absorption du glucose. Si l’amidon est débarrassé des structures fibreuses présentes présentes dans la graine, s’il est dénaturé par chauffage, voire déjà partiellement scindé, il peut devenir très accessible aux enzymes et rejoindre la classe des glucides dits rapides. Au contraire, lorsque l’amidon est consommé avec la majorité des constituants de la graine, comme dans le pain complet et les légumineuses, il est relativement protégé, malgré la cuisson, et sa digestibilité est plus lente.
La propriété des glucides alimentaires d’élever le taux de glucose dans le sang est définie par un index glycérique, avec une valeur 100 pour le glucose pur ou les glucides très rapidement absorbés. C’est ainsi qu’a  pu être mis en évidence le bon index glycérique des glucides complexes (légumes secs, pâtes alimentaires, céréales complètes, voire fruits).
Les sucres ou les glucides rapides perturbent beaucoup moins la glycémie  lorsqu’ils sont consommés durant un repas que lorsqu’ils sont ingérés seuls. cependant, l’alimentation actuelle semble trop riche en glucides purifiés : les farines de blé d’usage courant ont déjà perdu plus de 50% des vitamines du groupe B et des minéraux. Il est clair que les glucides complexes sont bien adaptés à notre physiologie, non seulement pour la fourniture du glucose, mais aussi pour celle des substrats nécessaires à la flore du gros intestin. En effet, quelle que soit l’efficacité de la digestion pancréatique et intestinale, de nombreuses sources d’amidon ne sont pas entièrement digérées dans l’intestin grêle et cet amidon résistant sert à la flore du côlon qui a un besoin permanent de substrat glucidiques.


Ch. Rémésy, Alimentation et santé, Flammarion, 1994, p.14-15

Fibres et élimination du cholestérol



Les fibres peuvent jouer un rôle important dans la prévention des maladies cardiovasculaires, car elles sont susceptibles de favoriser l’élimination du cholestérol ou des sels biliaires qui en dérivent, en diminuant leur absorption digestive; cette action est renforcée dans le as des fibres  des fruits et légumes par divers micro nutriments. Les fibres solubles des céréales (bêta-lucanes de l’orge et de l’avoine) ou les pectines des fruits favorisent la baisse du cholestérol. dans le gros intestin, bien que les fibres soient détruites, les fermentations permettent d’insolubiliser les sels biliaires, ce qui diminue à la fois leur toxicité et leur possibilité d’ultime réabsorption. En augmentant elles pertes fécales de sels biliaires les fibres entrainent en retour leur production par le foie, ce qui contribue à prévenir la lithines biliaire (formation de calculs dans la vésicule biliaire) en évitant que le cholestérol soit en excès dans la bile et qu’il précipite.
L’utilisation d’une large gamme de produits d’origine végétale permet non seulement de bénéficier de l’action synergique hypocholestérolémiante (terme qualifiant ce qui est susceptible de faire baisser les lipides dans le sang) des fibres et des protéines végétales, mais aussi d’apporter un maximum de micro nutriments protecteurs de lipides.


Ch. Rémésy, Alimentation et santé, Flammarion, 1994, p.45-46.

dimanche 21 février 2016

Santé au travail


La "santé "ne passe pas seulement par la bonne santé physique. C'est un ensemble qui comporte aussi la santé psychique et notamment l'estime de soi. Le lieu de travail où l'on passe une grande partie de notre vie est un endroit où notre santé et notre bien-être peuvent être malmenés. Description du processus destructeur du management du personnel dans le monde des "entretiens d'évaluation individuel"



"Un des changements essentiels ayant eu lieu dans le management taylorien et bureaucratique a été l'introduction d'un traitement différencié des salariés d'une même catégorie en fonction de leurs résultats et de leurs engagements. Sous l'apparence d'une gestion équitable des écarts individuels de productivité, l'individualisation du travail s'est montrée une forme de domination particulièrement perverse, destinée à obtenir une soumission "librement consentie", ou ce que La Boétie désigna comme "servitude volontaire" ; autrement dit, se soumettre avec l'illusion de ne pas y être obligé et d'avoir le choix de réaliser les objectifs.
La gestion individualisée des "ressources humaines" couvre l'ensemble du processus des recrutements, des primes, des promotions, des mobilités jusqu'aux licenciements. L'entretien individuel d'évaluation est la pièce maîtresse du dispositif d'individualisation. Des millions d'employés et de cadres rencontrent une, deux ou trois fois par an leur "n + 1", pour dresser un bilan sur les objectifs qu'ils ont ou non atteints et pour fixer les prochains à venir. Chacun sait que le bilan détermine la hauteur des primes au mérite versées, pudiquement nommées "part variable", les éventuelles promotions, mais aussi la liste des personnes à licencier.
Mais qu'est-ce qui est réellement évalué ? L'activité de travail réside dans la mise en oeuvre concrète de savoirs et savoir-faire professionnels, d'expériences et de créativités personnelles, de capacités de coopération. Nous en faisons tous le constat répété : par rapport à ce qui lui est demandé, le salarié doit réagir en permanence aux événements imprévus qui perturbent le déroulement réputé normal des tâches prescrites. Sa réaction, quand elle est inventive et singulière, peut résoudre de multiples problèmes, grands et petits. L'inventivité personnelle (les "tours de main", l'expérience, les "ficelles du métier", le "système D") correspond à notre désir d'être utile ou au plaisir du travail bien fait (que les Compagnons appelaient avec fierté "la belle ouvrage") que la sociologie du travail désigne comme étant le travail réel par rapport au travail prescrit.  
(...) La capacité d'initiative et la contribution singulière  au travail collectif  appellent la reconnaissance des pairs et de la hiérarchie. Mais ce travail singulier et créatif de chacun ne se mesure pas et ne peut pas se mesurer. Les critères d'évaluation ne se réfèrent pas qu'aux objectifs fixés et aux tâches prescrites, lesquels sont quantifiés, c'est-à-dire traduits en chiffres et en "ratios", pour donner lieu à notation lors de l'entretien. Tel salarié qui n'a pas fourni la meilleure qualité de travail peut très bien avoir atteint le rendement exigé si son environnement a été favorable, par rapport à un autre qui travaille mieux dans des conditions plus difficiles. On comprend dès lors que les sentiments d'injustice puissent se multiplier et être à l'origine de souffrances. Les médecins du travail témoignent souvent que des personnes demandent à les consulter en sortant d'entretien d'évaluation à la suite de montées d'angoisse.
En fait l'évaluation individuelle devient essentiellement un dispositif de pouvoir managérial pour contraindre les salariés à la performance maximale, et aussi les empêcher de contester leur autorité et les pressions de l'organisation du travail. L'évaluation de la performance, la recherche des primes et des promotions produisent une concurrence de fait entre les salariés d'un même atelier ou service. Et il n'est pas rare que les travailleurs les plus anciens se plaignent de la perte des solidarités, de l'entraide et du respect mutuel qui régnaient dans les équipes, au profit d'une lutte des uns contre les autres pour obtenir les meilleures primes et les meilleures places, ou au pire pour ne pas être virés. En lieu et place de contester l'arbitraire patronal, c'est à qui sera le meilleur, les "mauvais" étant montrés du doigt jusqu'à être affichés à l'entrée des centres d'appel.

L'évaluation exige aussi des salariés un comportement et une adhésion conformes aux exigences managériales. Les critères de savoir (formation) et de savoir-faire (expérience et ancienneté) permettaient de mesurer la qualification professionnelle. Depuis une trentaine d'année, cette notion de "qualification professionnelle" s'est effacée au bénéfice de la "compétence" englobant le "savoir être": capacité de relation, de communication, d'engagement, d'initiative, d'autonomie, d'obéissance, etc. Inacceptable auparavant, le jugement porté sur le comportement personnel au travail a introduit l'arbitraire dans l'évaluation, d'autant qu'il repose sur des critère subjectifs quantifiés dans des systèmes obscurs de notation, alors que la mesure des comportements est en réalité impossible tant elle dépend de facteurs qualitatifs et circonstanciels. Cet aspect est essentiel. Il montre que la mobilisation de l'énergie dans le travail ne concerne plus seulement l'engagement physique et professionnel, mais aussi toute la personnalité du salarié. La direction et l'organisation du travail ont introduit la subjectivité dans l'évaluation professionnelle, c'est-à-dire ce qu'il y a de plus intime en nous-mêmes : notre affectivité et notre psychisme. Il n'est pas étonnant que ce changement soit générateur de souffrances ou de "risques psychosociaux", lorsque notre personnalité est engagée dans la réussite ou l'échec de notre travail, de notre lien avec les collègues et avec l'encadrement."



B. Floris & M. Ledun, La vie marchandise, Editions La Tengo, 2013, pp. 188-191

samedi 9 janvier 2016

Les glucides. Sucres rapides, sucres lents et "Fast food"

Les glucides, ou sucres, sont les premiers fournisseurs d'énergie de nos cellules. On les classe en deux catégories. Les sucres dits simples sont composés de petites molécules : ce sont les saccharoses (le sucre courant), le lactose (sucre du lait), le fructose (sucre des fruits) et le glucose. Ils se distinguent des sucres complexes, formés de très grosses molécules. Le plus courant des sucres complexes est l'amidon, qui se trouve dans les féculents (pâtes, riz, pommes de terre, légumes secs) les céréales et les farines.
Au cours du processus de digestion, tous ces glucides sont dégradés et transformés en glucose, qui nourrira les cellules par l'intermédiaire du sang. La différence entre sucres simples et complexes, c'est qu'ils n'agissent pas en même temps. Les premiers sont dits rapides, car ils passent rapidement dans le sang et peuvent donc être utilisés immédiatement. les seconds, du fait d'une digestion lente, vont passer dans les cellules au fur et à mesure. Mais attention : selon certaines conditions (raffinage, notamment) certains sucres complexes peuvent devenir rapides : c'est notamment le cas du pain blanc et des pommes de terre pelées. A l'inverse, l'absorption de glucides est ralentie lorsqu'ils sont consommés en même temps que les autres nutriments, associés aux fibres contenues dans les légumes, les fruits et les céréales complètes.


Lorsque le taux de glucose dans le sang (que l'on nomme glycémie) augmente, le pancréas sécrète une hormone, l'insuline, qui va stimuler le transport de ce glucose vers les cellules pour faire baisser la glycémie.
Si l'on apporte d'un coup une grande quantité de sucres rapides et très peu de sucres lents (le repas fast-food en est un exemple !), on déclenche une très forte sécrétion d'insuline, qui fera baisser la glycémie en faisant entrer le sucre dans les cellules. Un excès que le corps transformera en molécules de graisse et stockera en majorité dans nos cellules de réserve, les adipocytes.
On pourrait croire qu'ensuite, en l'absence d'apport de glucides, le corps ira puiser dans ces réserves, et tout rentrera dans l'ordre. Malheureusement, l'action de l'insuline continue alors que tout le sucre a déjà été assimilé, entraînant une légère "hypoclycémie" génératrice de fringale... que l'on sera tenté de calmer avec des produits sucrés. Et c'est le cercle vicieux : "Le sucre appelle le sucre" ! Cette spirale  ne peut être rompue que si notre alimentation comporte suffisamment de sucres lents, qui apporteront du "carburant" durant des heures. Voilà pourquoi les nutritionnistes recommandent une proportion de 2/3 de sucres lents contre 1/3 de sucres rapides.

B. Montelh, Les secrets des vitamines et oligo-éléments, Larousse, 2011, pp.10-12

lundi 28 septembre 2015

Diagnostic d'un malade de civilisation

L’état de santé général est bien souvent conséquence du mode de vie et de l'alimentation. Dans le texte ci-dessous écrit en 1973,  on nous décrit un malade victime de son régime alimentaire, de son rythme de vie, de ses préoccupations quotidiennes : l’ homme d’affaire. Relisant ce texte plus de 40 ans après, on ne peut que constater que ce diagnostic peut s’étendre à toutes les couches de la société, plus ou moins !!
***
"Si l'homme d'affaire voyage souvent, il a quand même une activité sédentaire.
Chargé de missions délicates, il a des responsabilités qui le rendent soucieux, nerveux.
Sollicité par des réunions mondaines, des cocktails ou des repas d'affaires, il est amené à manger beaucoup; à boire beaucoup.
Surmenage nerveux et mauvaise hygiène alimentaire sont le départ de bien des maux. Les malaises seront dûs aux "agressions", à la suralimentation, à l'excès d'alcool, à l'abus de tabac.

Toit d'abord, son entourage et lui remarquent une "certaine tendance à l'embonpoint"...
-Il se sent fatigué, parfois nerveux, migraineux, insomniaque...
-Il souffre d'aérophagie ou de brûlures d'estomac, de troubles digestifs.
-Il peut avoir des palpitations.
-il peut devenir sujet aux rhumatismes ou ressentir des troubles respiratoires.


Consultés à partir de malaises ressentis, les médecins diagnostiquent assez régulièrement les mêmes troubles : obésité, hypertension artérielle, troubles cardiaques, fragilité du foie.
A l'examen, le sang apparaît avec un taux de graisses, de cholestérol, de glucose ou d'acide urique trop élevé, prédisposant à l'infractus, au diabète, à l'arthrite, à la goutte.
(...)
D'après de récentes statistiques (...) on peut dire que 35% des causes de décès sont dus à des troubles résultants d'une mauvaise hygiène alimentaire, associée à une tension nerveuses permanente, dont les effets se sont accumulés peu à peu au cours des ans pour arriver à ces maladies de civilisation, maladies de pléthore dont l'homme d'affaire est la première victime.

Un régime alimentaire s'impose (...) pour un cas banal; le régime portera sur des restrictions d'ordre quantitatif (mois de plats au menu) et qualitatif (charcuterie, sauces, viandes et poissons gras, friture, alcool...)
Une meilleure répartition au cours de la journée est souhaitable. Les repas que l'on "saute" pour se donner bonne conscience et compenser les excès ne sont jamais la solution.
Si le malade présente une maladie bien déterminée (diabète par ex.), un régime approprié sera mis au point par un spécialiste.

La cure thermale
Les hommes d'affaire se retrouvent assez fréquemment dans une station (...) Enfin on apprend aux "surmenés" les secrets de la relaxation et les bienfaits d'un sport approprié et dirigé.

Mais le traitement le plus simple est encore le traitement préventif. Il est d'ordre psychologique, facile à entreprendre, et demande juste un peu de bon sens.
Les "affaires" souffriraient-elles vraiment d'un repas moins copieux ? de quelques apéritifs ou digestifs en moins ? On peut recevoir au restaurant en prévoyant un menu soigné et gastronomique, certes, mais équilibré et qui ne supprime pas les indispensables éléments crudités et légumes. "

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Vision prémonitoire, involontairement. Dans le même ouvrage pourtant, l’auteur nous met en garde le lecteur contre les boutiques "bio" : "ces aliments naturels qui peuvent faire rêver, risquent d'amener en réalité bien des désillusions" (page 115) (!!!). Sans oublier la défense du DDT  "malgré la rhétorique éperdue des « environnementalistes » au sujet de la pollution du monde par le DDT, de sa pénétration dans les chaînes alimentaires et des dommages incalculables qu’il infligerait à l’homme et aux animaux les accusations contre le DDT deviennent de moins en moins convaincantes" (page 118) (!!!). Comme quoi certains réussissent à se préoccuper de santé individuelle sans pour autant adopter une vision plus globale ou holistique.


N. Thonnat, L'alimentation en question- se nourrir avec son temps, Desclée de Brouwer, 1973, pp.148-150

N. Thonnat. L'alimentation en question, se nourrir avec son temps, Desclée de Brouwer, 1973.

Pesticides et société


Pendant les guerres du XXe siècle, une étape est franchie avec le triomphe de la chimie. L'utilisation agricole du DDT commence à être testée dès 1943 et son efficacité émerveille les entomologistes. Dès 1944, la presse commence à se faire largement l'écho des promesses d'un monde meilleur que le DDT est censé représenter.Pourtant,presque simultanément, des voix très minoritaires s'élèvent pour s'inquiéter de sa puissance de destruction et l'on prédit que, s'il permettait de faire disparaître les insectes, l'humanité ne tarderait pas à les suivre, mais ces mises en garde mesurées (on souhaite simplement une évaluation réelle des risques engendrés par le DDT) ne sont pas écoutées. 
La production s'envole jusqu'à atteindre 400000 t dans le monde dans les années 1960, dont 70 % à 80 % pour un usage agricole. En 1962, Rachel Carson fait paraître Silent Spring, traduit un an plus tard sous le titre de Printemps silencieux, un livre qui dénonce différentes conséquences du 
produit: la destruction des insectes utiles qui limitaient les populations des espèces nuisibles, l'apparition de résistances (les insectes deviennent insensibles au produit), ce qui oblige à constamment renouveler les molécules utilisées, la présence de DDT dans tous les organismes vivants,les risques pour la santé, etc. Ces informations sont reçues comme des révélations,alors que la plupart des conséquences du DDT pouvaient non seulement être anticipées dès 1944 (le phénomène de résistance était connu des scientifiques depuis 1914), mais avaient aussi été bel et bien annoncées par certains. 
L'interdiction du DDT est finalement obtenue en 1970, mais ce n'est pas pour autant que s'arrête l'usage des pesticides. On estime qu'aujourd'hui environ 3 millions de t de pesticides sont appliquées chaque année dans le monde, ce qui représente un coût d'achat d'environ 30 milliards d'euros annuels. Malgré cette large utilisation,les nuisibles détruisent 37% de l'ensemble des cultures (chiffre à peu près équivalent à ce qu'ils détruisaient en 1900) : les insectes sont responsables de 13 % de ces pertes, les pathogènes de 12 % et les mauvaises herbes de 12 %. En gros, 1 euro dépensé dans la gestion par pesticides rapporte 4 euros de cultures protégées, mais cette rentabilité ne tient pas compte des coûts annexes: décontamination des sols et des eaux, maladies chroniques, empoisonnements d'animaux domestiques ou sauvages... Le bilan des insecticides peut sembler paradoxal car, en dépit de la multiplication par plus de 10 de leur usage aux États-Unis entre 1945 et 2000, le total des cultures perdues à cause des insectes est passé de 7% à 13% ; cette augmentation s'explique principalement par l'évolution de l'agriculture. 
L'impact des pesticides sur l'homme n'est pas négligeable: les empoisonnements dans le monde représentent 3 millions d'hospitalisations, 220 000 morts et environ 750 000 maladies chroniques; 250000 d'empoisonnements d'animaux domestiques sont également comptabilisés, la plupart dus aux pesticides, mais les causes de la mort de la majorité de ces animaux ne sont ni diagnostiquées ni rapportées. L'un des vices les plus graves des pesticides chimiques est leur longue durée de vie dans l'environnement, ce qui fait que leur impact sur la biodiversité peut être observé bien après la fin de leur utilisation : on soupçonne ainsi le DDT, en association avec d'autres polluants, d'affaiblir les résistances immunitaires des dauphins et d'être l'une des causes des échouages massifs que l'on observe aujourd'hui. 
Les plus graves conséquences environnementales du DDT ne proviennent pourtant pas de ses effets toxicologiques, mais des conséquences qu'il a eues sur l'organisation sociale, même s'il n'est qu'un rouage d'une machine complexe qui s'impose après la guerre. On utilise des pesticides non seulement parce qu'il existe des ravageurs et des maladies, mais parce qu'un ensemble des transformations de l'agriculture a rendu les pesticides essentiels. Ces transformations sont intimement intriquées : la mécanisation permet de diminuer le nombre de bras, mais rend nécessaire l'agrandissement des parcelles; le coût des machines nécessite d'augmenter la productivité ; l'amélioration des variétés cultivées est une réponse logique à cette demande, mais, d'une façon générale, ces nouvelles variétés sont plus fragiles et donc plus susceptibles d'être attaquées par une maladie ou un ravageur, qui sont de toute façon favorisés par l'augmentation de la taille des parcelles et la disparition de la diversité paysagère et culturale; mais, comme l'on dispose d'une arme chimique pour combattre les maladies et les insectes,on peut abandonner les anciennes pratiques (comme la rotation des cultures) justement destinées à limiter leur nuisance; l'usage de la chimie a un coût et oblige aussi à assurer une bonne productivité; les transports modernes permettent la spécialisation des régions, mais induit souvent des concurrences déloyales ; l'accroissement considérable de la production nécessite d'inciter à consommer toujours plus, même si cela ne répond à aucune véritable nécessité... Il faut souligner que la dégradation des sols s'accroît considérablement avec ce type d'agriculture. On le voit, c'est donc avant tout un projet d'organisation sociale et globale qui est symbolisé par le DDT et pas seulement une solution technique et rationnelle aux problèmes posés par les maladies et les ravageurs, d'où l'extrême difficulté de sortir de ce schéma, car cela oblige à penser une autre organisation de l'agriculture, basée sur une production diversifiée à destination du marché local. 


Valérie Chansigaud, L’homme et la nature : une histoire mouvementée, Delachaux et Niestlé, Paris, 2013, Chapitre "La globalisation de la menace des pesticides"

lundi 10 août 2015

Une meilleure santé via la nature

Le taux de cortisol (l'hormone du stress) contenu dans la salive et celui de l'adrénaline dans les urines sont aussi moins élevés après une promenade forestière qu'urbaine, selon d'autres études. Randonner dans les bois renforce même nos défenses immunitaires, et ce plusieurs jours après la promenade.
(...)
"En forêt, voire dans un parc, l'organisme reçoit par ses cinq sens des signaux des arbres, du vent, de l'eau, etc. Le cerveau les analyse comme plaisants, parce qu'ils nous renvoient à des choses essentielles relatives à notre survie : boire, se nourrir, s'abriter, etc. (...) La technologie nous a artificiellement détachés de ces besoins primaires : quand on a soif, on tourne le robinet ; quand on a froid, on met le chauffage. Ce retour à la base nous fait du bien : nous en ressentons des émotions positives, de sérénité et de calme, que le cerveau transmet immédiatement au corps par le système neuroendocrinien et le système nerveux autonome. Sous l'effet de ces hormones et de ces neuromédiateurs antistress libérés par l'hypophyse, le corps se sent bien. En retour, il renvoie au cerveau des messages de bien-être et d'apaisement.

Conséquence logique : les espaces naturels diminuent la fréquence d'apparition des maladies. Une étude épidémiologique menée aux Pays-Bas en 2009, auprès de 350 000 personnes, le confirme. Les Néerlandais habitant dans une zone composée à 90% de végétaux sont en meilleure santé que les patients dont le voisinage n'en contient que 10%. Pour preuve, ils consultent moins souvent leur médecin pour des troubles cardio-vasculaires, musculo-squeletiques, neurologiques, digestifs et de l'appareil respiratoire. Ils sont aussi moins souvent atteints de dépression et de troubles anxieux. Une liste encore étoffée l'an dernier grâce à des chercheurs de Leicester, en Angleterre, qui ont montré que le taux de prévalence du diabète de type 2 est inversement proportionnel à la quantité de parcs ou jardins dans le voisinage. D'autres ont pointé un moindre risque d'obésité quand on vit à proximité d'espaces verts. A condition de mettre le nez dehors et de s'activer.
Plus étonnant encore : voir des plantes, même en petite quantité, chez soi ou depuis sa fenêtre, procurerait un bienfait. Le psychologue Roger Ulrich l'a démontré dans un hôpital de Pennsylvanie dès 1984 : les patients qui ont vue sur les arbres plutôt que sur un mur, ou dans la chambre desquels on a placé des végétaux, ont moins mal, consomment moins d'analgésiques et expriment moins d'anxiété et de fatigue. Ils rentrent donc plus tôt chez eux.
A l'inverse, le manque d'exposition à un environnement naturel augmente les risques d'allergies ou d'asthme des citadins. Selon les chercheurs finlandais qui ont analysé le phénomène en 2012, la plus grande résistance des campagnards tient à la richesse du microbiote naturel dans lequel ils évoluent et qui les immunise contre certaines maladies inflammatoires (...)
"la nature stimule l'activité physique, diminue le stress et réduit la pollution de l'air ambiant" résume une équipe de Rotterdam, qui a constaté l'an dernier qu'habiter près d'un parc ou un jardin, en ville, allonge l'espérance de vie et, mieux encore l'espérance de vie en bonne santé.

"Comment la végétation ressource notre corps" in Ça m'intéresse, n°410, Avril 2015, pp. 74-75, Dossier spécial "Comment la nature nous fait du bien"  pp.72-82